Société: a-t-on besoin de haïr, d’un ennemi à combattre pour vivre?

Il n’est pas un évènement, pas un fait, pas une action, pas un mot qui ne trahit au quotidien cette lutte fratricide que les individus se livrent entre eux. Chaque jour est le spectacle de l’envers du décors de ce qui est prêché dans les posts guimauves des réseaux sociaux, dans les paroles suaves et dégoulinantes de mansuétude de ceux qui nous veulent du bien, dans les images censées contrebalancer celles qui nous livrent l’horrible exhibition de nos actes les plus barbares.

Cette rupture entre le désiré et l’obtenu, Magy a tenté de l’expliquer simplement dans son dernier ouvrage « Eloge d’une société sous névroses ». Chacun soumis à ses compulsions, à ses intérêts ne peut envisager une réelle réciprocité propre au bon fonctionnement d’une société dont il tirerait pourtant lui-même grand avantage. L’ignorance mêlée à l’obédience à une idéologie renforce un comportement sectaire annihilant dans le même temps toute possibilité d’échanges, de partage, de progrès et donc d’évolution tant personnelle que sociétale.

Hier, les clans dispersés se battaient pour un territoire de chasse. Les ressources limitées ne pouvaient être partagées et la survie dépendait de la grandeur du territoire et du nombre des membres de la tribu inclus les femmes porteuses de vie. On ne refera pas l’histoire de la sédentarisation et des premiers échanges mais le fait est que pour évoluer l’homme avait assimilé qu’il lui fallait non seulement cohabiter, échanger mais surtout se reproduire hors clan. L’évolution, le progrès, l’enrichissement d’une société dépendent de sa manière et de sa volonté à pouvoir communiquer, voyager et partager.

Aujourd’hui, l’individu n’a guère progressé. Nous l’avons constaté et nous le constatons tous les jours au travers de son incroyable capacité à se mutiler, à s’auto détruire ainsi qu’à détruire son habitat pour avoir la certitude d’être rayé définitivement de la surface de la terre.

La mentalité de l’individu du XXI° siècle n’est pas différente de celle de l’homme dit primitif. En 2019, les individus se battent et s’entretuent pour des ressources et des territoires. Une différence majeure existe cependant, l’individu du 21°siècle peut-il être dédouané de la monstruosité de ses actions? Peut-il encore prétendre ignorer ce qui se passe autour de lui ou d’être dans l’incapacité de pouvoir y remédier? Ses combats visent-ils seulement l’accaparation des ressources pour la survie d’un clan au détriment d’un autre? Les motifs, dépecés un à un, ne démontrent-ils pas un système de pensée plus profond mis en place et entretenu par les divers acteurs de nos sociétés, celui de devoir se haïr et s’exterminer pour non plus survivre mais avoir une raison d’exister.

L’individu de notre époque peut-il encore se cacher derrière une question prétendument de pure philosophie et donc impossible à mettre en oeuvre dans la pratique?
Non, car il ne s’agit pas que de philosophie mais bien d’une philosophie de vie que l’on peut mettre en pratique dès demain, chacun de nous, sans contrainte. Il s’agit d’une question de mentalité mais surtout de voir en face qui nous sommes vraiment et qui cherchera l’excuse sublime pour ne pas s’y atteler. Qui de la bête ou de l’humain dans le sens le plus noble du terme.

Il ne suffit plus à l’individu de se ranger benoîtement derrière son chef suprême pour défendre son pays et envahir un autre par pure hégémonie, il ne se pose toujours pas la question de savoir ce que son pays, en son nom, est capable de perpétrer comme méfaits pour satisfaire son idéal de vie. Notre petit individu s’en va épisodiquement en guerre contre une déforestation qui perdure depuis des décennies en oubliant l’ethnocide et le génocide dont sont victimes les populations de ces régions. Il part en croisade parce qu’aujourd’hui il pense à sa terre mais il a toujours oublié et oublie encore que cette déforestation et la perte de vies humaines servent à satisfaire également son pays et ses entreprises pour l’électricité, les minerais, et ses intérêts.

Sur son propre lopin de terre, l’individu ne peut vivre sans bataille et sans haine. Si ce n’est la haine de celui venant d’un autre lopin de terre, ce sera la haine de son compatriote pour des tas de raisons qui démontrent combien l’individu du 21°siècle est dans l’incapacité de progresser autour d’un projet qui le grandit mais seulement de stagner voire de régresser vers des comportements primitifs et sectaires.
Les luttes orchestrées autours de différents thèmes (pigmentation de peau, niveau du compte en banque, ville ou campagne, langue, né sur le lopin de terre ou pas, origine des parents, etc…) attestent du besoin vital de l’individu d’avoir un ennemi à combattre pour avoir l’impression d’exister.

Sur son territoire, l’individu ancrera cette notion de division devant être lavée dans la violence dès l’enfance dans l’esprit de sa progéniture. Il le fera au travers de ses mots, de son attitude, des idéologies mises en place, de ses contradictions, de ses paradoxes, de ses actes, de son aptitude ou non à prendre du recul pour mieux comprendre une situation et s’informer pour agir au mieux dans l’intérêt de tous à long terme.

On entend parler du vieux monde et du nouveau monde ou encore d’un moment clef d’une époque où une révolution technologique met à mal une façon de vivre, de travailler et que l’adaptation avec ses conséquences ne se font pas sans mal. Il en est ainsi à chaque moment charnière de l’Histoire.
Or, cela n’est qu’une partie infime du problème. Aborder la question sous cet angle, c’est l’aborder comme cela a toujours été fait et donc reporter le problème aux générations futures si ces dernières ne parviennent pas à se sevrer rapidement de l’état d’esprit actuel.

Soyons concret et prenons un exemple récent: Greta Thunberg. A quoi les citoyens, les médias, les experts et les politiques passent-ils leur temps? A faire un procès à cette gamine ou à l’élever au rang de sainte. Est-ce vraiment cela qui importe? A nouveau, la société trouve le moyen de se soustraire à ses obligations en polémiquant sur du superficiel et en se trouvant un canard boiteux. Ne serait-il pas plus logique et sensé que les individus adultes et ceux ayant acceptés les plus hautes responsabilités utilisent leur énergie et leurs neurones à trouver une solution pour faire en sorte que tous nous puissions espérer voir demain dans de bonnes conditions et se pencher par exemple sur un système économique (situation financière) qui n’est plus, lui aussi, adapté au monde d’aujourd’hui et à fortiori à celui de demain.

Quant aux luttes fratricides, extra et intra territoriales, elles n’élèvent guère le genre humain mais elles lui font surtout oublier que nous avons tous la même identité celle de terrien d’abord et avant tout. C’est pourquoi les provocations des partis et leurs idéologies ne sont que des armes de destruction et les individus des victimes-bourreaux consentants. Chacun exige la même chose et chacun reproche la même chose et tout le monde ne vise que ses intérêts. Entropie d’une société qui ne peut sombrer que dans la violence et donc régresser. Sans dialogue et travaille en commun, il n’y a aucun projet et aucun avenir. On casse tout et on recommence les mêmes drames éternellement sans changer la nature profonde de ce que doit être la société.

Comment peut-on prétendre vouloir un monde apaisé (son pays) et adhérer à l’idée que sa langue (ou identité culturelle) doit dominer et que celle de l’autre n’est pas seulement de second rang mais qu’on induit l’idée que la parler fait de cet individu une personne inférieure devant posséder moins de droits ou essayant de vous écraser? Et comment les citoyens peuvent-ils souscrire à ces idées farfelues donnant dans le même temps raison et pouvoir à ces prêcheurs de troubles.
Il en va de même avec cette satanée lutte des classes qui n’en finit pas de détruire l’évolution de nos sociétés et pourtant elle continue à être prônée par des démagos et ça marche toujours alors qu’aucun résultat probant n’en est sorti. Certains individus ne cessent de croire qu’appauvrir les autres les rendra plus riches. Bizarre non? Or, malgré la hausse des taxes, la disparition des classes moyennes (qu’eux-mêmes ont mis à sac), ils n’ont pas bénéficié semble-t-il de Rolls et de Châteaux. Car de quoi s’agit-il exactement? De « justice sociale » (ça veut dire quoi?), de vivre décemment? de posséder la même chose que ceux qu’ils haïssent? ou de faire en sorte que les « riches » vivent comme eux? Quelle noblesse pour la cause humaine y a-t- il dans cet imbroglio?

Un dernier exemple parmi des centaines: l’enseignement.
La hargne, la jalousie, la victimisation, l’amertume, la dépendance, le manque d’enthousiasme sont légués aux enfants dès leur scolarité. Pourtant leurs parents veulent qu’ils fassent de grandes études dans les meilleures écoles pour avoir un job qui rapporte bien et qu’ils aient une belle vie confortable. Bref, tout ce que ces parents veulent mettre à bas à longueur de journée tout en jouant au loto ou autres jeux de hasard.
Car à l’école au fil du temps, on a inculqué aux enfants et aux professeurs qu’il ne faut tenir compte que des enfants en difficulté. Donc, être un enfant avec des capacités ou un enfant « moyen » est devenu une tare qu’il faut cacher honteusement. Pire, si les parents ont une « bonne » situation et que l’enfant est un bon élève, il cumule une double tare qui ne lui donne aucune chance. Pour être accepté, il faut être issu d’une famille à problèmes et avoir des problèmes que l’on va accentuer en faisant de l’enfant une victime et donc en ne valorisant pas ses capacités mais ses incapacités dans un enseignement à la baisse pour lequel on va dépenser des millions en taxes supplémentaires pour rattraper les retards et des formations ultérieures pour les caser dans le marché de l’emploi. Une idéologie qui met les individus sous dépendance dès l’enfance et castre toute une autre génération.
On oublie dans tout cela que l’enfant issu d’une famille à problèmes ayant des capacités ou élève moyen mais voulant progresser devient dans le même temps, lui aussi, une victime collatérale de ce tout à la baisse pour une soit disant équité.
On en arrive à un point encore plus dangereux, celui d’un enseignement unique. Entendons les réseaux. On veut du tout à l’Etat. Ce glissement vers une pensée unique n’augure rien de bon pour la liberté de pensée ni pour les contrôle des informations enseignées et propagées. C’est un risque qu’une démocratie ne peut pas prendre sous couvert d’une égalité sociale qui ne sera pas. Car comme Magy l’écrivait on confond réussite avec égalité. Mais une égalité pour autant qu’elle puisse exister ne garantit en rien la réussite qui dépend de nombreux facteurs dont la plupart dépendent de l’individu lui-même.

Si ce penchant destructeur traîne dans nos gênes, ne faudrait-il pas le mettre en récession et favoriser l’harmonie dans la réciprocité positive. Il y a le bon et le mauvais et c’est pourtant le pire que l’on met en avant, quel l’on commente, que l’on donne en exemple ou justifie, que l’on utilise pour soit disant améliorer un système alors que le bon reste toujours en arrière et ne prend pas le pas comme modèle de nos sociétés. Nous le désirons, mettons des tas de lois en place pour y parvenir mais nous avons un malin plaisir à justifier les actions néfastes, à plaider pour les pires crimes, à fermer les yeux voire être parvenu à banaliser l’horreur fait aux êtres humains et faire des crimes et délits des séries reportages pour s’en délecter après en avoir reçu un aperçu aux informations.

La société, ce corps composé de tous ces citoyens doit changer de mentalité. Comment ne pas se rendre compte que l’on vit en permanence sur une bombe prête à exploser? Pour résoudre un problème, on ne trouve jamais mieux que d’opposer les individus entre eux, ce qui ne peut mener qu’à des violences et des déchirures. Le discours est le même partout dans le monde qu’il soit politique, journalistique ou citoyen. C’est un modèle dont on ne parvient pas à s’extraire et c’est cela qui est le plus triste et le plus choquant.

Nous avons les moyens intellectuels, technologiques et financiers pour faire de nos sociétés des havres de paix où tous pourrions vivre humainement. Ce qui empêche cela est la même raison qui a empêché la dépendance au pétrole depuis belle lurette ainsi que l’ignorance et l’égoïsme infus de l’être.

Magy Craft

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