Nous sommes tous des terreurs

Nice. Un nouvel attentat, une nouvelle terreur.

Nous sommes à nouveau meurtris dans notre chair. Nous sommes touchés au plus profond de notre sentiment de sécurité. Nous sommes désorientés, nous ne savons plus trop comment réagir, que penser. Nous voulons que tout cela cesse. Alors, certains continuent à crier à la paix tout en se tournant vers les partis extrêmes qui nous plongeront dans une dictature et une misère de l’âme, d’autres se cachent derrière leur incapacité à agir et leur non participation à ce qui se joue dans la société comme s’ils n’en faisaient pas partie et les derniers se plongent dans un déni total de la réalité et continuent à tenir les mêmes discours, à agir de la même façon persuadés qu’en tapant toujours sur le même clou, il finira par s’enfoncer.

Aujourd’hui, je n’ai pas envie d’expliquer tout ce que j’ai déjà écrit dans une multitude d’articles et dans un chapitre de mon premier livre en ce qui concerne le pourquoi et le comment de ce qui nous arrive en ce qui concerne les actes des radicaux islamistes. Aujourd’hui, je suis lasse et triste. Je ne renonce pas mais je sais qu’il est bien trop tôt pour que les mentalités changent et bien trop tard pour que les citoyens ne dérivent pas avant les élections surtout si ceux qui les informent et ceux qui les dirigent restent figés dans la mentalité et le carcan actuels. Je dis cela car suite à la tragédie advenue à Nice chaque acteur de la société tient le même discours et agit de la même façon. Il est ahurissant que nous en soyons encore à être surpris et indignés sans pour autant changer quoi que ce soit dans notre approche du phénomène dans sa globalité. Devons-nous aussi être surpris de ce qui se déroule actuellement en Turquie? Quel rôle nos gouvernements ont-ils eu depuis des années en jouant une mauvaise pièce avec Erdogan?

Je vais prendre le triste évènement de Nice à contre courant comme je l’ai fait pour d’autres agissements des sociétés, tels que décrits dans « Racisme – une idéologie de l’absurde ».

Pourquoi ce titre, nous sommes tous des terreurs? Parce que tant que la faim, la guerre, l’insécurité, la barbarie font rage loin de chez nous, nous ne somme pas affectés de la même façon. Nous avons beau brandir la pancarte des droits de l’Homme ou envoyer des denrées à l’étranger, nous ne pouvons pas comprendre et agir correctement et humainement aussi bien que quand nous souffrons nous-mêmes. Aujourd’hui, pouvons-nous, sans doute, mieux comprendre les effets délétères et génocidaires des politiques que nous laissons mener en notre nom dans le monde. Peut-être un déclic se fera-t-il enfin et aurons-nous une vision de nos paradoxes qui font du monde une poudrière et un nid de tout ce que nous ne voulons pas.

Paradoxalement, alors que toutes nos nations pour raisons économiques, territoriales et politiques torturent et exterminent des populations de par le monde et ce encore au XXI° siècle, nous sommes affligés de ce qui nous arrive et proclamons haut et fort au travers des discours des chefs d’Etat que nous tiendrons au nom de nos valeurs démocratiques et de paix. Si nous étions à même d’être logiques avec nous-mêmes et de définir exactement le type de société que nous désirons pour tous et partout, peut-être avancerions-nous vers la pacification et la dignité.

Au XXI°S, il semble encore tout à fait normal de procéder au génocide d’êtres humains sans que cela n’empêche les citoyens du monde de dormir. On commémore le génocide Arménien, celui de Juifs. On jure que ces atrocités ne se reproduiront plus et pourtant nous exterminons des peuples tous les jours. Certains ont « la chance » de devenir soudainement médiatiques, d’autres passent totalement inaperçus, on ignore même l’existence de certains. Nous sommes tous responsables car nous laissons les coupables « visibles » perpétrer leurs crimes sans intervenir et ce au nom d’alliances politiques, d’intérêts économiques ou d’une soi-disant ingérence. Plus tard nous laverons notre conscience par des procès ou des commémorations tout en perpétuant les mêmes crimes, les mêmes scénarii.

Maintenant que l’on sait ce que cela veut dire (nos aïeux s’en souviennent) d’être terrorisés à défaut d’être envahis et exterminés, voici une liste non exhaustive des génocides en cours* ou des rescapés de génocides sans droits et sans conditions dignes :

  • Indiens d’Amazonie* : coupables: tous et principalement Brésil, France, Canada, Pays-Bas
  • Inuits*: tous, principalement Canada et Eglise catholique
  • Indiens d’Amérique du Nord*: tous, principalement USA
  •  Jumma, Bangladesh: tous, principalement armée bangladaise et colons
  • Tutsi, Rwanda: tous, principalement Belgique, France
  • Chams, Cambodge: tous, principalement Khmères rouges
  • Tibet*: tous, principalement Chine
  • Indiens mayas, Guatémala: tous, principalement armée nationale guatémaltèque
  • Hmong*, Laos: tous, principalement armées laotiennes et vietnamiennes
  • Hereros et Namas, Namibie: tous et principalement les colons allemands
  • Aborigènes*, Australie: tous, principalement les Britanniques
  • Maasaïs de Serenget*, Tanzanie – Afrique de l’Est: tous et principalement TOUS
  • Nuba*, Soudan: tous et principalement gouvernement, hommes d’affaires liés au gouvernement islamiste
  • Ogiek*, Kenya: tous et principalement gouvernement et exploitants internationaux
  • Pygmées*, Afrique Centrale: tous et principalement gouvernement et colons
  • Wanniyala-Aetto*, Sri Lanka: tous et principalement gouvernement et colons cingalais
  • Jarawa*, Inde: tous et principalement gouvernement
  • SENTINELES* , Océan Indien: tous et principalement TOUS
  • Khanty*, Russie: tous et principalement les compagnies pétrolières
  • et beaucoup d’autres encore malheureusement dans la plus grande indifférence, dans notre plus grande indifférence morale des droits de l’Homme et de la paix.

 

Et pour finir parlons de Nauru

Nauru, l’île que la croissance a tuée
Nauru, vous connaissez ? c’est une toute petite île, de 21km2, située dans le Pacifique, à l’est de l’archipel indonésien. Une île dont l’histoire, au sens occidental du terme, commence avec l’arrivée des Européens. Les Allemands d’abord, qui l’annexent en 1888, puis les Anglais après la première guerre mondiale qui en confient l’administration à l’Australie. Tous se servent abondamment dans les réserves naturelles d’un phosphate très pur qui servira à produire de l’engrais.

En 1968, Nauru accède à l’indépendance. Le phosphate se vent à prix d’or et les devises pleuvent sur les 12 000 habitants de l’île : deux milliards de dollars en trente ans. Soins médicaux gratuits, golfs, courts de tennis, domestiques chinois, voitures de luxe (pour trente kilomètres de route) et placements immobiliers spéculatifs en Australie et à Hawaï, censés produire une rente quand la source se sera tarie. Mais tout a une fin. La source est tarie et tout s’effondre. Quant aux habitants, gavés de consommation à l’occidentale (ce fameux modèle que le monde nous envie), ils souffrent de diabète (45% de la population) et d’hypertension, ils survivent avec deux cents euros par mois sur une île qui ressemble à un cauchemar.

Mais allons jusqu’au bout: à la misère des habitants et au saccage de la terre s’ajoute la honte de servir de prison dorée. L’Australie donne de l’argent à Nauru, et en échange, elle y parque des demandeurs d’asile (essentiellement des Afghans et des Irakiens) pour une durée indéterminée. C’est ce qui s’appelle la Pacific solution.

« Un réservoir de matières premières, une décharge à ciel ouvert pour l’Occident, un camp de détention pour les demandeurs d’asile : Nauru n’est pas un accident de l’histoire ou une déplorable exception exotique. C’est la face noire de la mondialisation, c’est le sort que les pays dits développés réservent au reste du monde. »

Nous pouvons pleurer, nous devons pleurer. Il est nécessaire de faire notre examen de conscience. C’est en étant clairs avec nos choix et en les appliquant que nous obtiendrons les résultats que nous souhaitons: respect, moins de violence, plus de compréhension et une cohabitation plus aisée entre tous.

Magy Craft

 

 

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