Déstabilisation, contrôle, suprématie via le pétrole

La stabilité politique en Europe et dans le monde est à nouveau bousculée. Les enjeux pour la suprématie se font au travers de pressions sur l’économie de chaque pays et donc sur les citoyens qui seront à même ou pas de ne pas se laisser influencer, de faire la part des choses et de garder ou mettre au pouvoir un gouvernement démocratique progressiste qui applique une politique dans le cadre des codes et valeurs que nous connaissons et avons choisis. Nous constatons qu’en Europe, une partie des citoyens n’ont pas été clairvoyants et se sont laissé abuser. Ils ont été entraînés par le discours facile de la xénophobie et celui de la division (selon le pays ce sera la lutte des classes, la langue, la culture/peuple au sein d’une même nation, etc…).

Comme votre Magy l’a souvent écrit, les partis politiques et tous les organes d’influence ont leur part de responsabilité puisqu’ils n’ont pas su ou voulu contrecarrer le schéma, pourtant clignotant, qui se dessine depuis des décennies. Il en a été de même avec l’islam radical.

Le leitmotive de l’augmentation légitime et immédiate du pouvoir d’achat versus l’éclaircie économique récente est aussi délétère puisqu’il ne tient pas compte d’un tas de facteurs et qu’il ne sert qu’à miner le climat social d’un pays, donc d’affaiblir ce dernier, ainsi que d’empêcher le pays à prendre vraiment son essor et idéalement travailler, citoyens-opposition (Magy n’aime pas ce terme)-gouvernement, au projet de société du pays non pas en se disputant en opposant (là on y est) des idéologies mais en composant pour que le pays ainsi que les citoyens s’y retrouvent. De cette manière l’Union peut aussi et doit impérativement fonctionner.

Que se passe-t-il avec Trump et les autres puissances ? Que se cache-t-il derrière tous ces embargos, ces accords musclés, ces tentatives de faire exploser l’Union européenne ? Qu’y a-t-il vraiment derrière la hausse du prix de l’essence à la pompe? Est-elle justifiée ? Pourquoi l’urgence écologique n’est-elle pas une priorité alors que nos vies en dépendent ? Pourquoi, alors que cela est possible depuis des décennies, la transition énergétique se fait attendre ?

C’est un exercice extrêmement compliqué que d’expliquer toute l’histoire stratégique, politique et pernicieuse de cette matière poisseuse et noirâtre qu’est le pétrole en un article. Votre Magy va essayer, en quelques paragraphes, de montrer à quoi il faut faire attention et pourquoi l’Union est indispensable et pourquoi, une fois encore, une vue d’ensemble est nécessaire, tout étant toujours lié.

Quels sont les réels enjeux cachés derrière la hausse du prix aux pompes pour les consommateurs et les guerres au Moyen-Orient, les relations avec l’Arabie Saoudite, la relation modifiée des États-Unis vis-à-vis de l’Europe et son bras de fer avec le Canada ?

L’Union européenne joue-t-elle bien sa carte dans ce jeu de stratèges où est-elle encore dans cette cours de récréation dans laquelle les enfants jouent en pensant que quoi qu’il arrive, il y aura bien toujours quelqu’un ou quelque chose pour leur venir en aide et qu’entre temps ils peuvent continuer à s’étriper, se faire des bleus et casser la baraque.

Un élément de départ qui peut aider à comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Nous avons toujours l’expérience du passé mais souvenons-nous que l’homme est amnésique et que sa seule religion est la répétition. Les noms changent, le contexte et les détails un peu mais pas le fin fond de l’histoire.

C’est au début du XX° siècle, vers 1910, que le pétrole devient et pour le rester, un enjeu stratégique, une priorité de sécurité nationale et un atout militaire.

Mais, penchons-nous sur la crise de 1973. Voici encore un sujet qu’il serait intéressant d’inclure dans les cours d’histoire pour bien comprendre les guerres (non pas les raisons partielles toujours invoquées) ainsi que les comportements des individus en société.

Brièvement, que s’est-il passé et qu’elles ont été les conséquences ?

On l’appelle le premier choc pétrolier. Un échec des négociations entre l’OPEP et les compagnies pétrolières. Le prix posté du brut (baril) augmente considérablement (pour l’époque). (prix posté = prix théorique servant de base de calcul des redevances et des recettes fiscales des pays exportateurs).

Au même moment, l’Egypte et la Syrie attaquent Israël ce qui mène à la 4° guerre israélo-arabe. Quelques jours plus tard, l’OPEP instaure un embargo et décide d’une réduction de 5% de la production. Le communiqué final rédigé seulement en arabe prévoit que ces 5% seront appliqués tous les mois à partir des quantités du mois précédent jusqu’à ce que les Israéliens aient complètement évacué des territoires arabes occupés en 1967 et reconnaissent des droits légitimes au peuple palestinien.

Deux éléments qui semblent n’avoir aucun lien entre eux. Néanmoins, l’embargo, utilisé pour alerter l’opinion publique des Occidentaux sur le problème d’Israël, sera aussi le moyen le plus pratique pour emmener les prix vers des niveaux encore plus élevés. Ainsi, un peu plus tard, l’Arabie Saoudite, alors 1° exportateur mondial, annonce une réduction de 10% de sa production et une cessation de toute livraison au États-Unis et aux Pays-Bas pour leur soutien sans réserve à Israël. Les Pays-Bas sont visés sans doute à cause de Rotterdam qui reçoit une grande partie des chargements de pétrole du Moyen-Orient. La pression sur l’Europe augmente. C’est ainsi que pour la première fois, l’Occident prête attention aux pays producteurs de pétrole. Mais ce choc pétrolier de 1973 et ses conséquences relèvent en grande partie d’une imposture.

L’embargo a duré au plus 3 mois et les pays producteurs n’ont eu aucun bénéfice politique. De plus, l’Arabie Saoudite si elle s’est ralliée à l’embargo pour ne pas être isolée, ne l’a pas appliqué à la lettre et à continué à vendre via des opérateurs indépendants et des spéculateurs. Donc, en 1973, il n’y a jamais eu de véritable pénurie de pétrole.

Alors pourquoi cette frénésie hystérique dans les pays consommateurs à cette époque ? Car la diffusion de la nouvelle alarmiste par les médias fait que les consommateurs font la file aux pompes et remplissent des bidons de réserve. L’Europe et les États-Unis multiplient les stockages de précaution car tous deux sont confrontés à un hiver rude. La large capacité excédentaire disparait face à l’ampleur de cette demande injustifiée, ce qui crée une forte tension sur les prix. Cette crise de 1973 clos définitivement le chapitre du pétrole à bas prix et de la toute puissance des compagnies pétrolières qui contrôlaient 80% des exportations mondiales. Durant l’embargo Exxon, Shell, Texaco, Mobil, PB, Chevron & Gulf font des bénéfices records. Exxon va jusqu’à 80% par rapport à l’année précédente. Tout cela grâce à la plus-value réalisée sur les stocks détenus par ces compagnies.

Ce qui a accentué la crise et fait le jeu de ce faux « choc pétrolier » est bien, comme à l’habitude », le comportement des citoyens et des politiques. Les premiers ne voulant subir aucune contrainte quant à leur mode de vie et les seconds incapables de réagir avec efficacité et d’anticiper l’avenir. Ils préfèrent réduire la vitesse sur les routes plutôt que réduire la consommation et donc préférer la popularité « en sauvant des vies et en luttant contre le gaspillage d’énergie sur les lieux de travail ».

Le coupable vendu aux citoyens par les politiques américains et européens sera l’OPEP et notamment ses membres arabes. Dans la presse, l’OPEP devient subitement un cartel dictant sa loi or de 1960 à 1971, l’OPEP n’a jamais pu obtenir une seule hausse des prix du pétrole et pendant la crise, le prix du pétrole, en valeur absolue, n’a cessé de baisser. On parlera aussi du pétro-dollar et leur richesse nouvelle qui donne une puissance étourdissante. L’Express (FR) soulignait qu’il faudrait environ 16 ans de « surplus OPEP » pour acheter la totalité des sociétés cotées en Bourse à travers le monde, 3 ans pour tout l’or des Banques centrales, …. Il est des fois où on est heureux que la presse et les médias se plantent. N’empêche que cela rend les gens encore plus bizarres et égoïstes. Magy s’en souvient. Elle arpentait déjà le monde (comme vous avez pu le constater sur les photos de présentation, votre Magy a passé le demi siècle).

Or en 1978, le monde entier constatera la quasi disparition du surplus financier de l’OPEP sous les effets conjugués de l’inflation, de la chute du dollar et des prix des produits industriels et alimentaires importés à 90% par la majorité des États arabes membres de l’OPEP. L’Irak et l’Algérie manquent de capitaux et doivent emprunter sur les marchés internationaux.

La croissance reprend en Occident et on oublie tout comme d’habitude.

Aujourd’hui ? On parle à nouveau de hausse du prix du baril, de hausse de prix à la pompe et donc de baisse du pouvoir d’achat du citoyen et par conséquent les divers opposants au gouvernement en place vont s’en donner à coeur joie pour affaiblir leur nation dans une Europe déjà affaiblie et à la merci des autres puissances.

D’abord, pourquoi l’Union européenne a-t-elle été créée ? Ce qui est le mieux retenu est évidemment pour l’établissement d’une paix durable entre un groupe de pays après la deuxième guerre mondiale, puis vient la notion d’un renforcement économique entre nations et enfin éventuellement ce projet d’un espace harmonisé , sécurisé et de libre circulation pour tous les citoyens de l’Union.

La raison fondamentale qui appuie ce joli rêve qui doit devenir une réalité est basée sur un point très pragmatique. C’est d’éviter à tout prix que ne se reproduise se qui s’est produit entre les deux guerres, c’est-à-dire d’offrir aux principaux producteurs et exportateurs de pétrole de petits pays vulnérables avec lesquels on signe des accords bafoués par la suite et sur lesquels les pressions sont faciles.

Les guerres et les coups d’état au XX° siècle ne sont pas anodins et sont liés à un pétrole de plus en plus cher et qui va en se raréfiant.

Les acteurs pétroliers, grandes compagnies et pays producteurs inondent le monde des médias d’un tas de chiffres censés indiquer le niveau de production et l’état des réserves. Malheureusement aucune donnée n’est vérifiable. Pour cela, il faudrait connaître la production gisement par gisement et alors on pourrait déterminer l’état et le déclin des réserves. Mais on parle de plus de 250 champs pétrolifères qui produisent environ 85% de plus de 97 millions de barils consommés par jour dans le monde. Pour la plupart, il est impossible d’avoir accès aux données.

La flambée du prix du brut a renforcé la position financière et l’influence politique des quatre premiers producteurs. A une époque peu lointaine, il fallait compter avec le Venezuela qui utilise sa richesse pour étendre son influence sur l’Amérique du Sud et réduire celle des États-Unis. La Russie étend une diplomatie du gaz et du pétrole pour mettre au pas l’Ukraine, retrouver une influence en Asie. Le gazoduc en Europe offrirait un moyen de pression sur cette zone.

La guerre en Irak. La fin d’une transaction signée en 1925 et qui se termine en 2000. Cette transaction peu profitable qui stipule que l’état irakien percevra une redevance de 4 shillings or par tonne de pétrole. L’IPC illustre la stratégie et le mode de fonctionnement que les grandes compagnies vont désormais adopter pour dominer le marché mondial et imposer leurs règles.

Nous sommes dans une guerre des ressources et en ce XXI° siècle, les plus stratèges sauveront leurs mises et leurs vies.

En 2018, nous poursuivons le processus mis en marche depuis toujours, depuis que l’humain se bat pour des ressources. Nous montrons, actuellement, une Europe partiellement désunie et des pays qui s’offrent et donc leur vulnérabilité à des puissances qui les méprisent car ils ne sont que des pions dans leur jeu de stratégie. Les citoyens et leurs politiques ainsi que les organes d’influence ont fort à faire et à bien réfléchir.

En 2018, les 3 premiers producteurs mondiaux sont les États-Unis (qui disposent de 3% des réserves) mondiales), la Russie( 6,5% des réserves) et l’Arabie Saoudite (15,6% des réserves mondiales). En plus des réserves, il faut tenir compte dans l’équation si les pays doivent importer (de qui et combien) et quel pétrole ils produisent. S’agit-il du pétrole de schiste ou conventionnel? Malheureusement tous les médias ne font pas encore la différence et cela porte préjudice à une bonne compréhension. Trop léger, le schiste n’est pas idéal pour le diesel ou le kérosène. Les raffineries américaines ont peu d’utilité de ce schiste et les places de stockage débordent et sont en attente de lui trouver une utilité. Morgan Stanley pense les producteurs vont devoir accepter un tarif bien plus bas pour cette mauvaise qualité de pétrole.

Le Canada est un grand exportateur de pétrole dont le principal client sont les États-Unis ! Mais, car il y a toujours un mais, la Canada doit néanmoins importer pour l’est de son territoire car les pipelines ne vont pas jusque là …..

Russie. L’Europe dépend fortement des livraisons de gaz et de pétrole russe.

Moscou est en train de construire 2 nouveaux gazoducs en direction d’une Europe toujours plus dépendante.

ExxonMobil va se retirer des projets russes en Arctique. La production de pétrole conventionnel en Russie augmente lentement mais ses champs s’épuisent. Pour la Russie, l’Arctique est nécessaire pour maintenir sa position et ses exportations. Actuellement, la Russie ne semble pas posséder les technologies de forage spécifiques à l’Arctique.

On aura remarqué que beaucoup de monde se retrouve en Afrique. L’Afrique est bien corrompue et tout n’est pas de la responsabilité des anciens colonialistes, le temps à passé. Au Nigéria, la commission nationale chargée d’enquêter sur la corruption de pétrole, ne brille pas par les progrès obtenus. Le montant dépasse les 20 milliards $.

Les pénuries de carburant aux stations d’essence continuent dans ce pays qui est pourtant le plus grand producteur africain de pétrole.

Au Sud Soudan, les États-Unis sanctionnent 15 opérateurs pétroliers du pays. Motif : les ventes pétrolières profitent au gouvernement et ce moyen de pression pourrait terminer les conflits dans le pays.

On continue comme cela avec tous les producteurs, les importateurs, les intermédiaires et on voit que les problèmes sont issus d’un point bien éloigné de celui dont on radote quotidiennement.

C’est pour cela aussi que la transition énergétique est lente ou ne se fait pas et que l’écologie n’est pas une priorité. Le pétrole et le gaz étant les pourvoyeurs de fonds mais aussi les actuels moyens de pression pour la domination, le pouvoir. Même la Norvège déboute les ONG qui veulent préserver l’Alaska mais on pleure sur la fonte des glaces. Ben oui.

C’est ce manque de cohérence et de vue d’ensemble qui agace et énerve si souvent votre Magy. C’est d’autant plus incroyable que cela nous est déjà arrivé, qu’actuellement nos voisins tombent les uns après les autres dans notre indifférence la plus totale et qu’en plus nous avons la grande idiotie de suivre le même chemin, certains avec un esprit revanchard qui n’est absolument pas de mise.

Quand Magy entend les slogans du PS, CDH et ECOLO en Belgique pour les communales d’Octobre, elle se demande si en effet tout cela n’est pas un peu trop compliqué pour eux.

Elle est aussi affligée de constater que ces partis misent sur les communautés et la ségrégation par les différences et à nouveau cette victimisation qui a fait monter l’extrême droite, au lieu de l’unité autour des valeurs et codes de la nation et européenne et surtout d’un projet social commun à tous. Le radicalisme islamiste n’a servit à rien non plus.

Espérons que dans les 512 millions de citoyens de l’Union, il y ait des personnes (incluses politiques) courageuses, qui osent dire non, qui ne sont pas des moutons de Panurge et qui ne veulent pas se soumettre à ce qui semble être une facilité mais qui est une descente aux enfers.

Nous devons nous affranchir des énergies qui nous rendent dépendants de ceux qui nous manipulent. C’est aussi le moyen de rester cohérents avec une politique de survie et donc de préservation de notre habitat. Nous devons rester unis pour éviter des accords type Rapallo ou de Gênes. L’Ecologie ne doit pas être un parti, tous les partis doivent s’occuper de la survie de la planète donc de leurs électeurs. Les citoyens veulent participer, alors où sont-ils ? Qu’ils acceptent les inconvénients momentanés que nécessitent les changements indispensables à tous (pas qu’à eux) au lieu de crier pour les avoir et de crier quand on les mets en place. Les politiques « démocratiques » doivent arrêter de tourner en bourrique et de se laisser influencer quand ils sont dans leur bon droit et qu’ils oeuvrent pour le bien de tous.

Alors à quand ? Au plus tard dans les urnes européennes de 2019 et en Belgique, commencez par octobre de cette année. Chaque pas a son importance.
Magy Craft

Ref: The Politics of Energy – Commoner Barry, Random House, New-York

The Oil Trusts and Anglo-American Relations – Davenport E.H. et Cooke S.R., MacMillan, New-York

Oil Imperialism : the International Struggle for Russian Petroleum – Fisher Louis

Forfaiture à la Maison-Blanche – White Theodore, Fayard, Paris

Géo-économiste des énergies, Laurent Horvath

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