Passer délibérément d’un système démocratique à la dictature volontaire

(…) Le XXI° siècle n’est pas le siècle de naissance des lanceurs d’alertes. Chaque période de l’Histoire, principalement lors de profonds boulversements économiques ou politiques, a connu ces penseurs, écrivains et altruistes qui ont compris leur époque et pressenti ce qu’un comportement erroné, des actes absurdes, des idées désordonnées pouvaient avoir comme impact sur le présent mais aussi sur le futur. Les plus grands philosophes, surtout ceux passés à la postérité, ont disserté sur la compréhension humaine, l’entendement, la vraie connaissance des choses ou bien encore comment bien conduire sa raison. Qui les lit encore ou qui tient encore compte de ce qui pourrait servir à mieux cerner les difficultés que présentent plusieurs systèmes de pensées de valeurs ou encore de référentiels dans une société. Nous aurions le recul nécessaire pour évaluer les méthodes et les actions qui ont porté leurs fruits et celles qui sont vaines ou encore celles qui ont accentué la problématique.

(…) Le message des écrits de ces philosophes ou précuseurs n’est par contre pas assimilé dans notre présent, n’a pas été embarqué dans nos bagages contemporains. Ce que nous aurions dû retirer comme leçon de la complexité du vivre ensemble des individus en société est resté lettre morte pour la majorité des acteurs sociétaux. Ce qui revient à dire que nous n’apprenons pas du passé et que nous réitérons le même shéma indéfiniment.

Dès lors, il importe peu de savoir si la pensée humaine est complexe et si son origine est due à sa nature. La question est pourquoi l’individu en société se complique-t-il la vie et se fait-il souffrir ?

Parce que dans notre société devenue désordonnée, nous, qui sommes tous de petits tyrans, avons les pleins pouvoir d’exercer notre despotisme sur les autres. Tous, quelles que soient notre position et notre fonction. A quel moment une démocratie peut-elle devenir une arme destructrice pour les citoyens ?

Il est évident que la perception des contextes est une denrée rare ainsi que la compréhension de son envirronement et des autres. Or, sans cette perception et cette compréhension, il est impossible de maîtriser, à tout le moins d’appréhender, la complexité de notre société et c’est ainsi que naissent les complications dont la souffrance, le chaos et la dictaure sont les enfants.

La parcellelisation des analyses, les études au cas par cas, l’isolement des spécialités de plus en plus nombreuses amènent les individus dans une incapacité à relier les évènements entre eux, à détecter l’origine des effets négatifs qui les submergent et qui provoquent la création de comités chargés de comprendre et de juger les responsables d’une conséquence et non pas de travailler sur la compréhension globale du phénomène pour atteindre le point d’origine. On crée des subdivisions à la parcellisation. Il n’y a aucune volonté à mettre en commun les pensées et travaux des philosophes et spécialistes ayant chacun travaillé de leur côté sur un thème bien précis afin de cerner dans son intégralité la réalité telle qu’elle est et non telle que nous souhaitons qu’elle soit. On ne peut améliorer que ce que l’on comprend.(…)

(…) Dans notre société occidentale, pourtant, l’inculture est devenue monnaie courante. La dégradation des connaissances ne s’arrête plus à l’orthographe puisque nous l’avons laissée s’étendre à la manière de s’exprimer qui s’accorde à la façon de se comporter. L’atrophie du contenu des cours généraux pendant l’apprentissage scolaire ainsi que de la pertinence du choix des sujets entraînent dès le départ dans la vie de l’individu une incapacité à connaître et à comprendre le monde hors de celui dans lequel il évolue. L’individu est canalisé dans des concepts de références analysés et étudiés séparément alors qu’il devra vivre dans une société complexe de par le nombre d’individus qui la composent mais aussi de par l’influence de ceux qui les ont précédés et de par ceux qui vivent hors de son monde et qui interfèrent d’une façon ou d’une autre.(…)

(…) Ce qui fait la différence pour l’évolution d’une société est le choix du chef que l’on mettra à la tête des troupes. Il s’agit aussi de mettre en évidence que les successeurs issus du peuple n’ont pas agi différemment une fois le pouvoir acquis. Ils se sont très vite, au contraire, octroyé les mêmes privilèges, rétablissant dans le même mouvement un nouvel empire. Les ennemis n’étaient plus les nobles ou les étrangers mais tout compatriote refusant de partager les mêmes idées et de se soumettre à leur diktat. Si certains ont baignés dans un univers cosmopolite, cultivé et où la bienséance prévaut, d’autres ne connaissent ni les manières ni l’éducation intellectuelle. C’est une différence suffisamment caractéristique à mentionner, non pas dans l’intention d’opposer deux groupes d’individus mais, pour mettre en évidence que le manque d’éducation et de culture permet plus facilement l’asservissement d’une part et que d’autre part ce manque chez les dirigeants entraîne une politique abusive, un manque de grandeur et de développement pour les citoyens et provoque un exemple délétère. Les grandes idées et les grands projets, mis à part ceux de la guerre, disparaissent ou sont décentralisés car dès le départ la peur d’être déchu prend le pas sur l’intérêt général et au fil du temps les successions du même ordre n’ont pas permis aux sociétés d’évoluer vers la tolérance et la connaissance mais inversement vers les luttes les plus diverses et une totale méconnaissance de la complexité de la société de par le nombre de ses individus et donc ses différentes valeurs et différents référentiels.

Aujourd’hui, nous pourrions dire que dans la majorité de nos pays (…) le système permet à chaque enfant de n’importe quelle classe sociale de faire des études et d’accéder au pouvoir. Cela a-t-il changé les mentalités et fait cesser la luttes des classes ? Cela a-t-il fait en sorte que n’apparaisse pas un démagogue, un meneur plus cultivé ayant un poste adéquate et beaucoup d’ambition pour vilipender les actuels dirigeants, comme la veille la noblesse, et de mener une insurrection pour parvenir aux plus hautes sphères de l’Etat, du pouvoir ? Il ne s’agit donc pas de l’origine de ceux qui gouvernent qui pose problème dans l’imaginaire populaire mais bien de ce que l’image de la gouvernance représente pour ceux qui sont gouvernés. Dans le même temps, les individus sont enclins à chercher un chef qui leur assurera protection et bien-être mais ils sont aussi enclins à suivre n’importe quel autre individu qui leur promet plus pour ne pas dire les plus incroyables mensonges. Ces petits démagogues arrivistes ont au fil du temps perdu l’essence de l’éducation et de la culture. Ils ont donc été dans l’incapacité de la transmettre durant leur « règne ». On ne peut inculquer ce que l’on ne possède pas. Par ailleurs, un système de pensées de nivellement vers le bas s’est instauré graduellement afin de satisfaire les individus avec qui l’insurrection a été commise en opposition avec un système de valeurs d’hyper compétences. Un système chaotique d’individualisation obligatoire et coupable dans une société d’inter-dépendance qui provoque des heurts et des demandes de lois de plus en plus nombreuses ainsi qu’une société de plus en plus répressive sur demande citoyenne.

A présent que tout un chacun, quelles que soient ses origines sociales, peut accéder à des postes de pouvoir, au gouvernement, les relations du peuple avec ses élus ne se portent guère mieux. On retrouve les mêmes démagogues, les mêmes meneurs hurlant les mêmes litanies. A bas l’aristocratie (dans son sens le plus général) !
Les reproches sont pareils puisqu’on parle d’élite, de richesse, de privilèges, de népotisme. L’argument principal n’est donc pas tant le pouvoir que la richesse et ce qu’elle implique, la différence de classe sociale avec son imaginaire de la perfection de vie. Le meneur mettra cette image bien en évidence pour s’assurer le pouvoir qui lui octroiera les privilèges et meilleure fortune. Il lui faut encore et toujours utliser la lutte des classes qui finalement se fait parmis des personnes qui ne sont aucunement issues de la noblesse ni des plus grandes fortunes. Il faut parler vulgairement et agressivement car ces gens se disent simples. Nous devons donc comprendre et accepter qu’être simple implique manquer d’éducation, d’érudition, de savoir-vivre. Ce sont par conséquent les personnes simples qui vont s’insurger et donner le pouvoir à un être dénué de scrupule qui les asservira tout en asservissant les autres citoyens à qui ces bonnes âmes victimes d’un système sans cœur ne permettront aucune opposition ou contradiction car là est bien tout le paradoxe de cette dite simplicité et équité.

On peut dès lors penser que les éternelles luttes des individus en société n’ont rien à voir avec la différence de classe sociale et la bataille pour un bien-vivre général mais bien le caractère même de l’Homme qui lui se différencie de par son comportement et scinde l’humanité en groupes de civilisés et d’éternels belliqueux.

Avant d’arriver à à la mise au pouvoir d’un système politique extrême dans certains de nos pays, les citoyens, fervents défensseurs de la démocratie, ont entamé leur propre régression et leur propre oppression par demandes volontaires et sectaires. Grâce à notre art tout particulier du cas par cas et du nivellement vers le bas, nous sommes parvenus à l’opposé de ce que nous souhaitions. Nous pourrions commencer par la libre expression. Peut-être un des problèmes a-t-il émergé de la subtile nuance entre libre expression et liberté d’expression. La liberté d’expression étant inscrite dans la constitution comme un droit fondamental juridique large et encadré et la libre expression en étant la traduction, l’interprétation réductrice des individus et de ceux qui manipulent les simples.

La liberté d’expression est un droit qui permet à chacun de faire connaître le fruit de son activité intellectuelle à son entourage, à la société. Cette diffusion se fait de nos jours par tous les moyens possibles de communication tels l’art, les écrits, la presse, les médias, les résaux sociaux, la parole, les manifestations, les réunions,…
Aristote et Ciceron avaient déjà attiré l’attention sur la perversité de l’éloquence ainsi que sur les idées imposées sur base d’arguments fallacieux nuisibles pour la société que le bon sens doit écarter. Pourquoi changer une habitude qui nous va si bien ? Nous étudions (de moins en moins) et mentionnons ces philosophes de temps à autre sans pour autant nous souvenir de leur message ou mettre en pratique certains de leurs enseignements. L’éloquence est une qualité des démagogues qui visent comme auditoire ce peuple qui n’a plus les connaissances mais des opinions ou seulement des connaissances fragmentées d’un sujet et loin d’avoir la culture générale pour envisager les conséquences d’actes sectaires, égoïstes, non constructifs pour l’ensemble de la société. De cette façon, dans un même discours, une idée peut être soit une opinion soit une hétérodoxie. Tout dépendra du discoureur.

Ce qui se dit entre individus ne peut pas et ne doit pas être systématiquement dit en société, en public. La raison est la complexité de la société dont on doit tenir compte avant le droit individuel de la liberté d’expression. Or, avec le pluralisme dont normalement l’Etat est garant, un autre glissement s’est produit en plus de la confusion entre liberté d’expression et libre expression, celui d’avoir accepté que le dangereux et le nuisible puissent être diffusés. Il ne s’agit pas de pensées ou de découvertes qui iraient à l’encontre des idées ou des religions d’une époque que nous dénonçons mais bien que cette acception se situe au niveau sécuritaire. On se mêle tellement les pinceaux en ne voulant pas trancher clairement que ce manque d’ordre et d’ouverture à la mise en péril sécuritaire des citoyens est la première étape vers les idées radicales et obscurantistes. On défend une société en faisant primer le droit individuel tout en coupant les têtes des individualistes.

La libre expression confondue avec la liberté d’expression, de parole est un réel fléau. Chacun estime avoir le droit de dire tout ce qu’il pense même si cela est délétère ou sans intérêt. Les réseaux sociaux offrent aux individus une possiblité de déverser leur venin et leur bêtise sans garde-fou, souvent sous couvert de l’anonymat. On est par conséquent bien loin de la diffusion du produit de son activité intellectuelle sauf si on considère que vulgarité, insultes, âneries, mensonges sont des valeurs intellectuelles dignes d’être partagées en société au nom du droit individuel à s’exprimer. Paradoxalement les jugements se feront au nom de la libre expression si litige il y a.

Tout droit a son pendant que l’on nomme devoir. Par conséquent, l’individu qui exprime ses pensées, ses arguments se doit de réfléchir non seulement à la manière dont il les expose mais aussi s’il ne manque pas de respect aux autres individus à fortiori si ce qu’il expose en public a une quelconque utilité si ce n’est que celle de nuire ou de blâmer en continu sans apporter de solution constructive ou encore dans le seul but d’encourager des colères stériles au profit de l’un ou l’autre démagogue en vogue. Cet étalage d’inepties et de dangerosités toléré voire considéré comme légitime a aidé au recrutement pour l’Etat islamique ou pour n’importe quel autre groupe extrême jouant sur les émotions, les frustrations individuelles d’individus n’ayant plus la connaissance ni le recul nécessaire pour analyser l’aberration du discours soutenu par ces meneurs loquaces s’essayant aux citations. Nous arrivons à une contestation sans fin d’un pouvoir mis en place par les citoyens et sa non reconnaissance dès son élection. Notre démocratie intsruit le putschisme légitime au nom de la libre expression.

Nous constatons en effet que ce droit à la parole utilisé à mauvais escient et mal encadré provoque ce que l’on pourrrait appeler une désobéissance. Bien comprendre le cheminement complexe du processus qui en soi est simple. Dans nos démocraties, après un choix électoral, il y a mise en place d’un gouvernement avec à sa tête un chef d’état qui ensemble mèneront la politique informée au préalable aux citoyens, ces derniers leur ayant donné mandat pour l’appliquer. Nous retrouvons les autres partis qui ont perdu les élections et qui vont se trouver dans l’opposition. Le rôle de l’opposition avec les autres acteurs de la société est de voir si le mandat reçu est appliqué, d’apporter un soutien au gouvernement pour l’essor du pays et le bien des citoyens, d’offrir d’autres idées qui pourraient solutionner des problèmes existants ou à venir, de sonner l’alarme en cas de déviation, de mettre un veto en cas d’abus. En gros, c’est ainsi qu’une bonne démocratie devrait fonctionner.

Aujourd’hui, avec toutes les dérives acceptées et rentrées dans les us et coutumes, un chef d’état et un gouvernement sont contestés avant même d’être installés dans leurs bureaux respectifs. L’opposition ne joue plus son rôle mais se présente d’entrée comme une entité de contre-pouvoir totalitaire refusant de donner sa confiance arbitrairement et n’ayant qu’un seul but la chute du gouvernement et du chef d’état et ainsi donc de renier la notion de démocratie même. Nous entrons dans une nouvelle ère.
Ce serait un euphémisme de dire qu’il est vraiment étrange qu’aucun acteur de la société ne s’émeuve de cette tragédie. Les citoyens, en premier lieu, devraient prendre très au sérieux cette posture, même les militants et électeurs des putschistes, car on entre de plein pied dans les luttes tribales qui divisent et que le système démocratique est censé éviter dans un mode de vie en société principalement telle que la nôtre si complexe et où nous sommes si inter-dépendants. Les citoyens qui soutiennent le comportement rétrograde de ces meneurs doivent aussi songer que demain ils feront partie de ceux qu’il faudra démettre. Les pays devront-ils être en perpétuelle guerre civile alors que nous luttons contre les scindements des états et travaillons à une reconstruction européenne ?
Dans un deuxième temps, les syndicats optent pour la même attitude un peu partout en Europe. Il faut donc constater que partout où les socialistes ont perdu les élections et où malgré tout l’extrême droite a pu être canalisée, la défaite n’est pas acceptée et la remise en question accessoire. Bien que même sous un régime socialiste, les syndicats sont en constante opposition et lutte. Dès lors, ces amis des citoyens et ces citoyens membres d’un parti qui réclament justice pour tous abolissent sans état âme l’essence même du système démocratique. Les syndicats ne représentent donc plus l’entièreté des travailleurs mais agissent comme un organe politique confisquant dans le même temps toute possibilité d’avenir pour le reste de la population.
Le quatrième pouvoir ne semble pas être alarmé non plus. Ce drame est suivi, traité de la même façon qu’un autre sujet. Le fond du problème et les conséquences ne sont en aucune façon mentionnés alors que ce pouvoir est devenu, pour une partie, champion des supputations et projections fantaisistes. Pourquoi manquer de perspectives dès lors pour celles qui ne seraient pas fictionnelles si on continue dans cette voie ?

Dans un autre modèle, c’est de façon démocratique que les citoyens vont se faire du mal. Ils vont même avoir recours au référendum. Dans ce modèle, le démagogue a gagné. Il a été soutenu par assez d’individus pour arriver au pouvoir. Il a fait sa campagne en s’adressant aux moins instruits, aux plus sectaires. Il parle à la diaspora qui n’évolue pas de la même façon que les citoyens restés au pays. En effet, les diasporas ont tendance à rester figées dans le modèle social de leur pays d’origine tel qu’il était au moment de leur départ. Il est dès lors facile de les tromper et de revenir à des schémas anciens pour obtenir leur voix. Cette diaspora accolée aux sectaires et moins instruits du pays permettent au tyran de prendre le pouvoir démocratiquement et de leur faire voter un changement de constitution lui donnant les pleins pouvoir au détriment du reste de la population qui se trouve démunie face au critère « démocratie ».

Ce qui est étrange, c’est que les médias et la nouvelle caste de commentateurs dénigreurs ne feront pas d’analyses dans ce sens.

Voici déjà deux façons pour les citoyens de passer délibérément d’un système démocratique à la dictature volontaire.
Ce qui permet ce glissement progressif est avant toute chose le manque de garde-fou, la lucidité des acteurs d’informations de la société ainsi que le manque de responsabilité des politiques qui doivent être garants de l’application du système démocratique tout en veillant à ce qu’il ne soit pas un instrument de manipulation à des fins corruptrices et malveillantes.
Il y a entropie de la société.

La lutte est avant tout contre l’individu lui-même. La bataille entre la défense de son individualité, ses droits et la cohésion de la vie en société. Ce citoyen oublie qu’il ne vit plus en petits groupes isolés sans ou avec peu d’interactions avec d’autres groupes et qu’il ne peut dès lors plus appliquer les mêmes schémas du passé qu’il rejette par ailleurs quand ces derniers font obstacle à son égoïsme, à ses intérêts particuliers. Il en oublie par conséquent la cohésion sociale, ses devoirs envers la société dans laquelle il évolue et les règles pour que cette dernière évolue et garantisse respect et sécurité pour tous. Critères que le citoyen exige et pour lesquels il mandate des compatriotes.
Le plus grand ennemi de la société démocratique est bel et bien le citoyen lui-même de par ses paradoxes incontrôlés et démesurés.

La confusion entre démocratie et mettre démocratiquement sous influence et par sophismes des tyrans au pouvoir est entrée dans les mœurs.

Les citoyens, les individus, les humains n’en finissent pas de trouver des raisons pour se diviser, pour se faire la guerre, pour se mépriser et se haïr. On ne fera plus la liste de celles évoquées contre les pays voisins quand on ne parvient déjà plus à circonscrire celle qui énumère les motifs qui permettent aux citoyens d’une même nation de se maudire. On a beau chercher de multiples causes internes et externes et des remèdes adaptés rien n’y fait car la lutte a pour origine l’argent et le statut qu’il procure. L’argent et ce qu’il peut représenter en terme de pouvoir, de confort, de style de vie reste donc le meilleur instrument de division même si on l’enrobe sous des tas d’autres principes dits élevés.
Ce jeu demeure néanmoins stérile puisqu’il ne fait que renverser le pouvoir d’une tribu, d’un clan vers un autre mais ne procure pas la sacro -sainte égalité ou justice invoquée pour mettre une nation à feu et à sang au propre comme au figuré.

(…) Nous avons choisi de vivre en société par nécessité, parce que nous y avons trouvé des avantages. Certains s’y trouvent par contrainte. Quoi qu’il en soit, il est quasiment impossible de nos jours de vivre reclus en autarcie sur une île déserte quelque part sur la planète. En adoptant un style de vie en société complexe, les individus ont pris les avantages mais semblent oublier les contraintes et devoirs qui y sont associés. C’est comme les Etats membres et les citoyens de l’Union européenne. Prendre les avantages de l’Europe et refuser ses contraintes. Il est sans doute logique que cette mentalité s’applique à l’union puisque ce sont les mêmes individus de notre société qui s’y retrouvent.
Au-delà des lois et des droits de chacun afin de maintenir cet ensemble en cohésion et en fonctionnement, il faut aussi que chaque individu adapte son comportement de façon à pouvoir respirer sans étouffer son prochain. Il ne faut pas oublier qu’il est lui-même le prochain de l’autre. Ce qui semble pourtant être trop souvent le cas. C’est pourquoi la notion de liberté devrait être ré expliquée dans son contexte sociétal.

La liberté est un pouvoir. Le pouvoir inaliénable de l’individu de disposer de sa personne. Cela entraîne logiquement que ce pouvoir ne peut nuire aux droits d’autrui. Le cadre étant la loi, la justice et la morale sans oublier le bon sens.

Lorsque nous avons la liberté de penser, avons-nous la liberté d’agir ? La liberté c’est aussi l’indépendance, le libre arbitre.

Comment se fait-il que dans l’ensemble, tout en prétendant être conscients de la nécessité d’une règle de vie en société, nous soyons parvenus aujourd’hui à un véritable capharnaüm. Les limites de l’individualité ne longent plus celles du corps social mais s’opposent constamment à ces dernières tout en reculant si le but visé n’est pas atteint. On navigue sur une mer de lâchetés, de couardises en plus de confusion et de paradoxes. Il s’agit probablement de l’incapacité de cette société adolescente à absorber les nouveautés qu’apporte ce qu’on appelle la mondialisation. Le monde est devenu tout petit. Il ne faut plus attendre des mois pour avoir des nouvelles d’un pays lointain ou écouter les histoires des voyageurs pour connaître la vie et les coutumes des autres peuples. Les journaux, la télévision font aussi pratiquement office d’ancêtres. On communique, on s’informe en directe. On ingurgite aussi le plus rocambolesque, on mélange les évènements d’un lieu avec ceux d’un autre. On crie à la différence mais on s’identifie à des circonstances issus de contextes différents. On importe avec les marchandises des revendications qui n’ont pas lieu chez soi et qui déforment le cadre social au lieu de l’améliorer. Plus désavantageux, on applique nos règles à des membres de sociétés ayant une vision différente, nos règles sont par conséquent non seulement inadaptées mais ne doivent pas être appliquées au risque de nous nuire. Ce schéma ayant été pris à titre individuel, il a tendance à être imposé au niveau sociétal. C’est le changement de mentalité de l’opinion publique accentué par les acteurs possédant le pouvoir de le modifier ou pas, de le renforcer ou pas. Il y a bien ce grand imbroglio entre ce qui se réfère à l’individu en tant que tel et l’individu en tant que membre d’une société, cette société devant être en interaction avec d’autres sociétés. L’individu ne s’adapte pas aussi rapidement que ne se développent les technologies. Il apprend à utiliser ces dernières mais il est dans l’incapacité de digérer dans le même tempo toutes les nouveautés et modifications qu’elles apportent. L’individu reste résolument attaché à son lopin de terre et à ses us et coutumes.

Cette société adolescente vit dans l’incertitude et l’insécurité et comme tout adolescent qui rejette des repères sans en trouver d’autres nécessairement, elle est névrosée. Les individus qui composent la société propagent leurs névroses car la névrose n’est pas héréditaire mais contagieuse. On se retrouve dans cette pagaille de paradoxes, de schizophrénie, de répétitions d’erreurs, de reculs, d’angoisse, d’anxiété, de violence, de mal –être. Le positif, la créativité ne parviennent pas à prendre le dessus. Les messages d’espérance passent aussi vite que les nuages et les gestes d’humanité sont aussi brefs que les publicités nous gavant d’images d’un bonheur factice. Alors, l’individu ivre de liberté et empli d’égoïsme fera de la démocratie chérie un outil au moyen duquel il s’auto-emprisonnera en exigeant une multitude de restrictions pour se protéger et pour le bien de ses voisins, le tout dédié à la gloire de sa grande largesse altruiste.

La société est névrosée. Elle s’est façonnée à partir des compulsions de ses citoyens. La société fonctionnant comme un corps agira à partir des compulsions citoyennes les plus largement exprimées. Dans le cas de l’individu, le Moi se fabrique par une façon dite: par essais-erreurs. On essaye et on observe les résultats atteints ; on rectifie et on fait de nouveaux essais. Il semble que la société saute cette étape ou que le disque soit enrayé. Cela produit des effets de répétitions au niveau sociétal et de l’Histoire. Cela voudrait-il dire que les personnes équilibrées soient en nombre insuffisant pour garantir une société équilibrée ou bien que sont hissés aux postes de pouvoir, d’influence les individus à fortes compulsions contaminant la majorité des citoyens ou renforçant leurs compulsions d’origine.

Les symptômes de cette névrose sociétale galopante sont l’angoisse, l’anxiété, l’agressivité. C’est au travers de ces symptômes que les compulsions vont s’exprimer, donc à partir de ce que chacun cherche à éviter à tout prix. C’est bien ce comportement compulsif qui nous mène à tous ces paradoxes qui déstabilisent la société et rendent les citoyens schizophréniques dans leur comportement en tant que corps sociétal.

Cette contrainte de répondre aux diverses compulsions citoyennes transforme notre société en une prison. C’est démocratiquement que les citoyens compulsifs, névrosés vont accepter ou demander des règles et des lois de plus en plus contraignantes qui additionnées les unes aux autres créeront un environnement où l’espace pour se mouvoir, penser et respirer sera de plus en plus réduit. Ce que le citoyen appelle démocratie n’existera plus. En effet, dans l’inconscient du citoyen le mot démocratie est devenu synonyme de liberté et non plus d’un système politique avec tout ce que cela implique.

L’une des situations que l’individu cherche à éviter est celle de se trouver, de vivre dans un environnement insécurisé. Son quartier, sa ville, son pays doivent être synonyme de sûreté pour sa famille et lui-même. Des lois ont été créées au fil du temps pour pouvoir juger et condamner les personnes qui transgresseraient les codes établis ou qui porteraient atteinte moralement ou physiquement à un autre individu. Les rues ne sont pas exemptes d’individus peu recommandables voire dangereux. De nouveaux dangers, tel le terrorisme, se sont infiltrés dans nos pays augmentant crainte et rage. L’individu est sous stress. Il l’est davantage puisque la situation économique actuelle l’a déjà déstabilisé et insécurisé. Les individus composant la société sont en majorité en régression c’est-à-dire qu’ils ont perdu le meilleur d’eux-mêmes et qu’ils sont sous l’emprise de leurs pulsions donc sous la dépendance de leur compulsion. Le corps sociétal est conséquemment en régression et dans la répétition obsessionnelle. La société va réagir comme de coutume dans un cas de danger, de sentiment d’insécurité. Elle se repliera sur elle-même, se barricadera en voulant fermer ses frontières, se méfiera des étrangers, édictera des lois supplémentaires en oubliant celles qui existent déjà, renforcera les contrôles dont elle sera finalement la seule victime, mettra au pouvoir des démagogues complétement fous et guerriers dans les cas les plus extrêmes. Cette compulsion individuelle portée au corps sociétal logiquement est un mécanisme qui va à l’encontre de notre évolution. C’est toute une façon d’agir, une émotion qui tient les individus sous son emprise. Toutes les pensées, les sentiments et les modèles de comportement de la société vont s’organiser autour de cette façon d’agir et de cette émotion qui ne servent qu’à renforcer les compulsions.

Nous allons retrouver ici notre fidèle ami paradoxe. La majorité des individus composant la société déclarent qu’il y a des moments où le monde leur semble bien fou. Pourtant le succès des médias repose sur les goûts morbides, le voyeurisme et autres travers que possèdent ces individus et que les médias exploitent tout en refusant de l’admettre mais en prétendant au contraire répondre à la demande des individus et donc à leurs déviances, voire pathologies pour les cas les plus graves. Il semble que l’inconscience de leurs tendances va jusqu’à faire oublier aux individus qu’ils sont en interaction et qu’ils sont les rouages d’une même entité nommée société. Il y a une bien grande différence entre la motivation d’un individu et son comportement donc ce qui le pousse à faire et ce qu’il fait. On peut le démontrer au travers de quelques exemples parmi une multitude. Toujours dans la perspective de l’individu et du corps sociétal de vivre en bonne santé, libre et en paix, de multiples lois et restrictions vont être mises en place pour nuire en fait à son bien-être, son autonomie et sa quiétude. Ces contraintes et restrictions sont non seulement demandées par le corps sociétal lui-même mais vont paradoxalement se retourner contre chaque individu membre de la société selon le cas alors qu’il n’est coupable d’aucun délit selon les codes émis par la société ou suivant la volonté première des protagonistes lors de l’édiction des nouvelles lois/contraintes.

C’est complexe mais l’individu est complexe, notre société est par définition complexe. La société, ce corps composé de nombreux individus doit sa complexité aux différentes pensées, systèmes de pensées, valeurs, objectifs et référentiels qui la constituent.(…)

(…) Il revient donc aux membres de la société eux-mêmes de développer l’empathie cognitive. Cela commence par eux et leurs enfants. L’éducation qui englobe le comportement, le respect, l’écoute, la prise de conscience des autres.
La société est et sera ce qu’ils sont et seront.(…)

Magy Craft

Extraits de « Eloge d’une société sous névroses » Thebookedition – 2017

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