Faire preuve d’humanité, devoir d’humanité: ça veut dire quoi finalement?

On ne s’en lasse pas. Voilà des expressions que l’on galvaude à n’en pas finir.
Quelles idées rattache-t-on à cette fameuse humanité? sans doute: humain, bienveillance, compassion, bonté, pitié, charité, indulgence, sensibilité, abnégation, société, générosité, philanthropie, altruisme etc.
Tout pour repousser loin de soi cette image de bestialité, de cruauté, de dureté, de sauvagerie, d’indifférence, de méchanceté, d’égoïsme, d’hostilité, de repli etc.

Qu’en est-il vraiment? C’est quoi être un Être humain? Est-ce vraiment porter en soi de façon innée cette « part d’humanité » que l’on sacralise, que l’on tente de démontrer exister en chacun de nous pour excuser et réhabiliter les pires atrocités ou encore un radeau de secours pour ne pas se noyer face à une réalité toute autre?

N’est-ce pas pour cette raison que nous nous cachons derrière de grands principes, une conception grandiose de l’espèce humaine que l’on nomme humanité, terme qui lui-même renferme la notion de contraire de bestial, pour atténuer voir camoufler la valeur de nos actes quotidiens qui cependant sont d’une extrême gravité impliquant de lourdes conséquences.

La dignité est l’une des valeurs dont on parle le plus en ce moment. La dignité faisant partie du cadre primaire de la sociabilité, elle doit s’accompagner de la réciprocité. Or, ce que l’on peut constater au travers des évènements rapportés quotidiennement, c’est bien que cette réciprocité est devenue une espèce en voie de disparition. On vous jette l’empathie, la solidarité ou encore le civisme à la figure à longueur de journée mais le problème résulte du fait que ce vomissement journalier est émis par tous les groupes en présence qui se lynchent en public. Personne, en fait, ne respecte les règles élémentaires de civisme, d’honnêteté et de politesse, au départ, dès lors que peut-on espérer de la suite?
Certainement pas de la dignité ni la capacité de recevoir, donner et rendre ce qui implique la notion disparue dès l’enfance de la gratitude.

Le partage, l’empathie, la solidarité, le partage émotionnel etc. On entend que cela. Cela dégouline des murs, de tous les côtés. Mais est-ce vraiment le cas malgré les exemples jetés en pâtures?
En fait comme pour les problèmes que l’on ne peut résoudre car ils ne sont que les conséquences d’une cause originelle, on cite des exemples de solidarité ou de partage concernant l’un ou l’autre de ces problèmes. Ceci équivaut à dire que ceux qui font preuve de générosité pour une cause ou pour un groupe, négligent ou ignorent les autres groupes. On ne peut dès lors parler d’humanité puisqu’il s’agit d’un choix personnel selon ses motivations propres au détriment de l’ensemble du genre humain.

Comme souvent évoqué, on parcellise les idées et donc les conséquences d’un problème. On traite les informations au cas par cas en omettant de voir la question dans sa globalité. Il est donc logique de ne pas parvenir à une résolution mais encore moins à une progression puisque chacun prendra fait et cause de manière hachée selon sa zone de prédilection et à court terme ses avantages personnels. C’est un système immuable que l’on « découvre » régulièrement pour l’enterrer tout aussi tôt parce que finalement il est plus facile de ne pas s’intéresser à la cause première qui remettrait notre façon de penser et de vivre totalement en question, soit se comporter comme nous définissons le comportement du genre humain différent de celui des autres animaux de la planète.

Nous sommes tous Terriens. A l’heure où il est plus que jamais à la mode de faire la guerre et de créer la violence au nom d’une identité selon un morceau de poussière de cette planète, il serait plus judicieux de se souvenir que notre identité première est celle d’être Humain. C’est avoir une identité individuelle et collective. Notre identité sociale vient de notre culture, de notre langue, de nos traditions mais surtout du partage de tout cela. Nous sommes et devons être des créatures sociables et sociales. C’est au travers de la sociabilité que les êtres humains peuvent exercer le partage de leurs richesses et défendre ensemble leur intérêt commun qui est leur survie. L’Humanité se doit d’avoir une vision et un projet qui non seulement l’élèvent mais surtout lui permettent de survivre.

L’Humain, morcelé dans ses idées et guidé par ses compulsions, n’est plus à même de contrôler sa tendance suicidaire et le pacte tacite commun de la destruction de sa planète, entraînant la disparition de son espèce, phénomène qui ne le secoue pas vraiment, profondément. L’Humain est un roi immortel.
Peut-on proclamer faire preuve d’humanité parce qu’on envoie de l’argent pour aider les populations des pays que nous n’avons aucun remord à détruire pour nos propres intérêts et facilités quotidiennes? Est-ce faire preuve d’humanité de réparer les dégâts que nous causons sans fin et en pleine conscience? Est-ce faire preuve d’humanité de demander constamment pardon pour toutes les horreurs que nous commettons ou laissons commettre en notre nom?

Faire preuve d’humanité, remplir son devoir d’humanité serait agir comme un être humain. Il faut pour cela évoluer et se sortir de cette mentalité qui consiste à se replier sur un lopin de terre que l’on défend bec et ongles quitte à anéantir son voisin ne répondant pas aux normes décrétées à un moment précis. Être humain c’est s’élever et ouvrir son regard, c’est considérer la Terre comme le seul pays, l’humain comme seule identité. A partir de là, les différences culturelles, linguistiques et autres ne peuvent être que des apports positifs dans des échanges productifs parce que respect, bienveillance et réciprocité sont accordés à tous.

La science, les découvertes et le social y gagneraient énormément. Alors, que l’on envisage de s’installer sur la planète mars et de découvrir au moins une planète pouvant offrir des conditions de vie pour les humains, il est hautement ridicule et incompréhensible qu’une grande partie de l’humanité reste figée dans un état primitif et destructeur.

L’inhumanité est décrite par une attitude froide, indifférente, qui traite l’autre comme un moyen. L’individu inhumain est coupé des autres, indifférent, robotisé ; il agit froidement par calcul, selon des comportements guidés par son intérêt immédiat ou fondés sur la hiérarchie et les normes sociales. Mais dans l’absolu n’est-ce pas ce que l’on entend aux travers des récriminations quasi quotidiennes, même dans nos contrées? Cependant, nous agissons exactement de cette manière envers d’autres humains afin de satisfaire notre « bien-être ». A partir du moment où on ne voit pas les populations déportées et exterminées pour les minerais dont nous avons besoin pourquoi s’en soucier? Puisqu’on ne voit pas les enfants mourir pour que nos portables fonctionnent, pourquoi y penser? Et la liste de nos actes inhumains est longue, très longue.
Si les Grecs anciens parlaient déjà de pléonexie, aujourd’hui on parlera d’avidité et de toute puissance. L’avidité est prête à tout, y compris à la destruction, pour posséder toujours plus. Qu’on ne s’y trompe pas, il ne faut pas tourner le regard exclusivement vers ceux que l’on nomme les riches. Les autres agissent de la même manière en exigeant d’arriver à un niveau de vie égal à ces derniers afin de jouir des mêmes avantages, facilités et gadgets. Personne n’est exonéré de ce manque d’humanisme.

Comme écrit précédemment, l’être humain est une créature complexe. Il faut donc penser et agir prudemment ce qui évitera les points de vue simplistes et intolérants. Ce n’est pas être sceptique, mais circonspect dans les affirmations et les conduites qui en découlent. La pensée individuelle dépend de l’idéologie dominante. Cette dépendance idéologique est inéluctable, car l’homme reçoit son identité d’une culture donnée.

C’est pourquoi, il faut prendre de la hauteur et garder son libre arbitre.

La manière humaine de se conduire est finalement la sagesse et l’accomplissement personnel au sein d’une société qui peuvent advenir chez un individu.
Il nous faut pour être cet humain, pouvant faire preuve d’humanité, pouvoir d’abord et avant tout changer notre mentalité, notre façon de penser animale et primaire. Pour cette justice et tolérance revendiquées, par exemple, il faut se distancier par rapport aux déterminismes socio-culturels qui n’y sont pas favorables. Comme on le constate régulièrement, les replis identitaires provoquent l’exclusion et l’ostracisme qui peuvent dégénérer en guerre et génocide. Appuyé sur sa culture, il faut aussi pouvoir s’en libérer. En termes philosophiques, on parlera aussi « d’autonomie », par opposition à l’hétéronomie d’une vie endoctrinée, asservie à des normes, à des contraintes politiques.

Il y a parmi les humains des êtres inhumains, les cas pathologiques. Ces derniers sont traités normalement comme il se doit. Le reste des humains fait-il preuve d’humanité? Pas dans sa grande proportion. Notre erreur ne serait-elle pas de vouloir à tout prix poser une auréole au-dessus de la tête de chacun et d’absoudre ses crimes au nom de son appartenance à l’espèce humaine? Les humains ne sont-ils pas tout simplement resté des animaux comme les autres qui défendent un clan sur un lopin de terre pour un morceau de viande? Et si on peut enchaîner ses semblables ou les détruire parce qu’ils passent la frontière, c’est encore mieux. De telles images n’arrêtent pas de défiler jour après jour et chaque humain y trouve sa raison, sa justification.

Aujourd’hui, dans nos pays, nous assistons à des spectacles de bêtes déchaînées voulant à tout prix faire éclater ces fameux lopins de terre, s’insultant les uns les autres, s’attelant aux pires exactions. Il n’y a rien qui détermine une once d’humanité dans ce spectacle où les victimes s’étalent au sol les unes après les autres.

Le devoir d’humanité, faire preuve d’humanité, s’élever au-dessus de la bestialité est un acquis civilisationnel à reconquérir à chaque génération. Il passe par un projet moral et éthique défendu individuellement et collectivement. Ce possible n’est pas toujours réalisé. Il existe des idéologies barbares, utilitaristes, élitistes qui s’y opposent. Les déterminations psychologiques, sociales, économiques et politiques agissant sur les conduites humaines, il est plus que vital de se recentrer et de voir plus loin, plus haut, de se sortir de ce piège des idéologies qui nous empêchent d’être des terriens dignes d’humanité.
Magy Craft

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