Le mort

La mort est annoncée, reste le corps. Gît le moribond que la fauche a fauché.
Il ne suffit pas de trépasser, l’âme envolée devra entendre les péchés et les vertus soudés à son nom.
Les vivants ne suffisent pas aux canailles, ils leur faut enterrer plus profond l’objet marmoréen de leur hargne. Les comédiens et les hypocrites ferment la marche de ce long cortège contraint et affecté où les légendaires lunettes sombres dévoileront autant de vérités que les mines théâtrales, que les anecdotes plus émouvantes les unes que les autres.

Car quand l’être passe de vie à trépas, il devient un être empli de bonté et de beauté. Sa vie devient riche d’actions plus intéressantes les unes que les autres. Que n’a-t-il entendu toutes ces éloges lorsqu’il pouvait encore répondre. Sans doute aurait-il même été étonné de l’analyse peinte de sa personnalité ou encore des raisons qui l’ont poussé à poser certains actes. Quel que soient le rôle et la place que le mort a eu dans la société, il sera un disparu jugé, embelli.

A celui qui aura oeuvré sa vie durant à tenter d’ouvrir les yeux de ses contemporains et qui a eu tort d’avoir eu raison trop tôt, ces canailles vivantes lui rendront un dernier cruel hommage en y faisant référence avec toute l’émotion nécessaire et attendue. Ces gredins terminant leurs discours pâteux, les larmes aux yeux, en saluant sa clairvoyance pour une situation dans laquelle la société se débat dans le même temps mais pour laquelle pourtant elle reste tout aussi statique se moquant de tout et de tous comme hier, comme de ce mort en ce temps-là.

Mais il y a pire que les canailles! Il y a les charognards!
L’homme est mort, il ne reste que son corps.
Pour les vautours, toute chair est bonne. Ce n’est qu’un corps, plus un homme. Cela n’a aucune valeur. Les vivants en ont-ils pour eux? Attendent-ils seulement patiemment leur heure en tournoyant inlassablement au-dessus de leur bouffetance?
Ils refusent le silence pour son voyage vers un ailleurs. Peu importe si c’est le ciel ou la terre, c’est son droit. Vivant ou moribond, il n’avait commis d’autre crime que de ne pas leur plaire. En quoi eux-mêmes diffèrent?
Ils l’insultent, ils s’en moquent. La mort du mort devient une farce.

Quand la vie n’est plus rien
Quand la mort n’est plus rien
Alors, l’humain n’est plus rien
Magy Craft

 

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